Sept jours. Qu'allai-je bien pouvoir faire? Je n'avais pas à faire d'adieu à personne et je voulais partir d'ici le plus tôt possible, histoire de ne pas trop m'haïr d'avoir pris cette décision. Bizarrement, cette fois-ci, j'avais l'impression de ne pas avoir fait le mauvais choix. Peut-être est-ce que je me trompais, mais après tout, ce ne pouvais pas être si pire. J'allais avoir une nouvelle famille, des parents qui m'aimeraient. Que souhaiter de mieux ? Je vivrais peut-être enfin normalement. Je voulais partir d'ici rapidement, je ne voulais pas découvrir que c'est un pays magnifique, que le Québec me manquerait.
Après que je fus sorti du palais de justice, un agent me reconduisit chez moi, mon ancienne maison, là où mes parents habitent depuis que je suis née. Les juges m'avaient proposé d'aller les voir. Proposer n'est pas le bon mot, suggérer et même pratiquement forcé. Ils croyaient sûrement que c'était une bonne idée, afin que je puisse partir sans trop de regrets. Mais je savais que ce n'était pas moi qui allait regretter, non c'était eux. Ils regretteraient d'avoir laissé partir la seule personne qui à su les endurer plus d'une semaine. Ils pouvaient se montrer tellement imposant et épeurant. Ils jappaient plus qu'ils mordaient mais parfois tu pouvais venir à te demander s'ils ne te mordraient pas réellement un jour.
Tournant dans la petite rue tranquille ou j'habitais, le policier me demanda qu'elle était mon ancienne maison. Je n'eus aucun mal à la reconnaître, rien n'avait changé. Les mêmes poutres, la même peinture qui s'effritait peu à peu et qui était d'une couleur peu commune. Un mauve tirant sur le bleu de laquelle émanait une tristesse non contenue.
« C'est là », dis-je lentement. Je soupirai ensuite exagérément, souhaitant que le policier me prenne en pitié et me ramène au poste de police. Je le dévisageai prenant un air de pitié espérant faire effet, mais non, il ne me jeta pas un seul regard, me pris par le bras et m'amena, comme si j'étais une gamine, à la porte de la maison. Je déposai doucement mon doigt sur la sonnette puis j'appuyai dessus. Dix secondes, trente, une minute. Personne ne répondit. À contrec½ur, je tambourinai avec mon poing dans la vitre de la porte. A peine quelques secondes plus tard, j'entendis des pas, visiblement c'était une femme en talon haut qui marchait, puis le déclic de la serrure que l'on tourne. Lorsqu'elle ouvrit, je me rendis compte que ce n'était pas ma mère qui se tenait dans l'embrasure de la porte mais une jeune inconnue qui avait l'air de sortir tout droit d'un magazine de mannequin. J'étais dégoûtée, il était bien évidant qu'elle n'était pas la femme de ménage, elle ne devait jamais avoir touché à un balais de sa vie. Comment mon père pouvait sortir avec cette poupée après avoir été marié à ma mère qui, malgré son caractère, devait être une femme merveilleuse et d'une grande beauté. Une beauté tout à fait naturel et non pas à force de chirurgies plastiques et de crèmes antirides. « Bonjour, que désirez-vous », demanda-t-elle d'une telle façon que l'on eût dit un robot.
« Euh... Oui, bonjour je m'appelle Amy et euh... je voulais voir mes parents. »
« Ah... Je ne savais pas que Luc a une fille. Êtes-vous sûre d'être à la bonne adresse ? »
« Oui madame, je reconnaitrais cette maison parmi mille et oui Luc, mon père, à une fille. » dis-je le plus bêtement possible. Non pour qui se prenait-elle ? En fait, je ne m'étonnais même pas qu'il n'ai pas parlé de moi.
« Bon, d'accord. Entrez, il est dans le salon, tu sais sûrement où il est. », Dit-elle sur un ton de méfiance. Je ne pris pas la peine de lui répondre, j'entrai et n'ayant oublié aucun détail de la maison je n'eus même pas à chercher. Il était là, assis nonchalamment sur le divan, comme tous les samedis matins où j'étais encore là.
« Bonjour papa... », Dis-je d'une voix tremblante.
« Amy... On m'avait prévenu que tu viendrais. Tu as sûrement rencontré ma fiancée, Jenna. » Dit-il sans même me regarder.
« Fi...fiancée...Pourquoi je ne l'ai pas su ? »
« Amy, tu es partie, si tu voulais tout savoir tu n'avais qu'à resté. Pour moi tu es devenue une inconnue qui est trop curieuse. » Me dit-il comme si de rien n'était. Je ne me laissai pas émouvoir, je n'allais pas pleurer devant lui tout de même. Rien n'avait changé, il était toujours pareil. En cachant du mieux que je le pouvais mon émotion je lui demandai :
« Et maman, où est-elle ? » Et là, il leva enfin les yeux vers moi et dit :
« Amy... ta mère est morte. Depuis un an... »